Armèle, repasseuse-« brodeuse en blanc » de coiffes… Faire vivre la tradition !

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Armèle Périgaud-Musée Compagnonique de Nantes-#JDP2019©CuriousCat

Invitée par l’Union compagnonnique de Nantes, lors des Journées du Patrimoine 2019 (1), Armèle Périgaud est, en France, l’une des dernières repasseuses-« brodeuses en blanc » de coiffes (moins d’une vingtaine en Loire-Atlantique).

Même si elle n’a pas été formée par cette institution (2), Armèle incarne, dans ses savoir-être et savoir-faire, la tradition artisanale et folklorique que Frithjof Schuon appelait la « fonction intellectuelle du peuple » (« De l’unité transcendante des religions« -Gallimard 1948).

En parfaite congruence avec le site muséal, les valeurs et la devise des Compagnons (« Ni se servir, ni s’asservir, mais servir« ), elle fait de la sauvegarde du terroir, et de ce métier traditionnel, quasi disparu, un « art de vivre ».Musée Compagnonique-Artdeladentelle-6-Nantes©CuriousCat-min

Armèle Périgaud est née à Nantes, il y a 75 ans. Selon ses propres termes, elle a : « appris à broder avant de savoir lire et écrire »… « Dix ans d’apprentissage et quinze de pratique sont nécessaires pour devenir une bonne brodeuse ».

La coiffe, signe des femmes du peuple

Sa coiffure, sa coiffe, sa tenue impeccable, ainsi que sa châtelaine, accrochée à son tablier… tout démontre son goût de l’apprêt, du beau, de l’élégance et sa fierté. «  La coiffe est un véritable « marqueur identitaire« , partage-t-elle, avec un regard et un sourire passionnés, le « tam du » (chignon torsadé) coquettement rangé dans son noir filet.

Partout, le blanc domine, rappelant la connotation religieuse (pureté, dignité, perfection, couleur monastique…), que l’attitude, souvent réservée, ou recueillie, des femmes coiffées, semble avoir toujours corroborée.

Musée Compagnonique-Artdeladentelle-7-Nantes©CuriousCat-min

D’un long et quotidien apprentissage familial, Armèle conserve la patience, la dextérité et l’amour du « bel ouvrage », comme en témoigne sa collection. Au total, plusieurs centaines de coiffes, bonnets d’enfant (Second Empire, notamment), châles, dentelles, mouchoirs, linge fin (XIXe siècle, début XXe), et différents objets servant à broder et/ou repasser

Pédagogue dans l’âme, cette ex enseignante en lettres et Histoire prend plaisir à partager ses multiples savoirs. Cette aptitude s’exprime, aussi, au travers de sa scénographie, ses animations, son écoute, sa disponibilité et ses explications.

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Expo A.et B. Périgaud-Musée Compagnonnique de Nantes-#JDP2019©CuriousCat

Musée Compagnonique-Artdeladentelle-9-Nantes©CuriousCat-min

Depuis 1960, Armelle Périgaud est, avec son mari Bernard, un membre actif du cercle celtique « Tréteau & Terroir » de Nantes et de la Confédération nationale des groupes folkloriques français. Dans ce cadre, ou à la demande de musées, collectionneurs et particuliers, elle apporte, bénévolement, ses compétences expertes pour remettre en forme les coiffes anciennes abîmées (80 à 240 heures de travail par coiffe, environ, entre la découpe, l’amidonnage, le paillage et la broderie).

Un nombre important de coiffes lié au contexte socio-culturel et historique

Au XIXe siècle, à son entrée dans l’âge adulte, et le monde du travail, chaque fillette de 12 ans, recevait effectivement une coiffe. Plus tard, pour demeurer présentable en toute occasion, chaque femme du « commun » devait avoir plusieurs coiffes : une pour l' »ordinaire », une usagée pour le travail aux champs ou à la ferme, de  plus jolies pour les cérémonies (messe, mariage… et une spécifique pour le deuil).

Dans les familles modestes, offrir une coiffe était affaire de dignité. Néanmoins, en dépit des sacrifices (vente de bétail…), le travail de broderie, déjà coûteux (parce que long), orientait, souvent, le choix des tissus vers le lin ou la toile de ménage, de moindre qualité.

En 1792, l’abrogation des lois françaises restreignant l’usage des tissus précieux, pour les classes populaires, a néanmoins favorisé un essor rapide des costumes paysans (appelés « folkloriques » de nos jours), voire  une certaine luxuriance dans la broderie bretonne, par exemple.

Chaque région, commune et/ou paroisse, avait sa coiffe (ex, en Bretagne). La symbolique des motifs, évoquée dans une vidéo de l’INA (cf 4:30), ressort d’ailleurs dans l’étude, très documentée, de Hyacinthe Le Carguet, en 1912 (http://www.infobretagne.com/coiffe-bretonne.htm). Pour lui, les similitudes de ligne, de disposition, de coupe ou de pièce des coiffes dériveraient, en fait, d’un même « indumentum capitis » ancien.

Une tradition exigeante qui tente de s’adapter

Avec toute l’énergie de la passion, et quoique retraitée, Armèle Périgaud continue de former des stagiaires aux techniques de repassage des coiffes françaises. Sa démonstration étant passée, je n’ai pu y assister et vous propose cette vidéo, d’une stagiaire ligérienne, pour comprendre ce travail :

Inspirée par certains châles anciens, broderies celtes et patrons de coiffes, Armèle peut les recopier, voire en créer de nouveaux, « adaptés aux morphologies actuelles ». Pour illustrer ses propos, son mari nous montre les bonnets, en tulle de coton ou en soie, finement ouvragés, d’une famille aisée. La tête des nourrissons était, fin 19ème, plus petite qu’aujourd’hui. Peu perceptible en photos, l’évolution est néanmoins flagrante, de visu.

Aujourd’hui, les coiffes servent essentiellement pour les cérémonies. L’usage de la mitre dentelée demeure une exception du pays breton. Même si les groupes folkloriques, celtiques et autres, entretiennent la tradition, le nombre de repasseuses (« ferrourez » en breton) diminue globalement.

Expo in situ vs itinérance… une formule à trouver

Alors que les contraintes économiques actuelles font, de plus en plus souvent, des expositions temporaires muséales un levier efficace pour attirer un public nouveau et important, Armèle et Bernard Périgaud recherchent un pôle de valorisation patrimoniale. « Compagnons du devoir de mémoire », ils n’ont effectivement jamais pu partager, en France et à l’étranger (Allemagne, Suisse, Arabie Saoudite…), l’intégralité de leur collection et connaissances.

Malgré leur panoplie de dentelles, leur rêve de « prendre la lune avec les dents » ne s’est pas encore réalisé, que ce soit à Nantes (musée du Château des Ducs de Bretagne) ou Paris (Conservatoire National des Arts et Métiers).

Même si cet article ne peut lui conférer l’aura publicitaire de Maria Lambour (3), peut-être contribuera-t-il, au moins, à sa mise en lumière. Le blanc étant mis à l’honneur, cette fois-ci, « pour les couleurs, faudra repasser » ! ^^

CuriousCat

chat-min Nota : Les photos ©CuriousCat sont personnelles (pas de reproduction sans mon accord). 

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Autres liens utiles :

1. https://www.youtube.com/watch?v=OcTT0UvvUZE  (52 min.-Long mais instructif)

2. http://dormeuse.over-blog.com/

3.  http://dentelle-et-papillon.over-blog.com/article-29579036.html

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(1) Comme cela est le cas, depuis une vingtaine d’années

(2) Les parcours professionnels compagnonniques, accessibles aux femmes que depuis 2004 (première femme compagnon en 2007), sont axés vers des secteurs industriels distincts du textile.

(3) Célèbre bretonne centenaire de la pub Tipiak (« Ils ont volé notre recette.. Pirates ! »)

 

10 réflexions au sujet de « Armèle, repasseuse-« brodeuse en blanc » de coiffes… Faire vivre la tradition ! »

  1. wahhh quel billet! je l’avais loupé car j’étais en vacances dans le sud à cette époque pour fêter l’anniversaire de mon mari avec nos petits-fils notamment 😉
    L’amidon, la broderie et le repassage avec des fers qui chauffaient sur la cuisinière à bois, voilà qui m’a ramené à mon enfance où mère et grands-mères brodaient à merveille….même si c’était en champagne et pas en bretagne 😉
    j’aime la broderie mais je n’ai plus la patience! lol!
    d’ailleurs je crois que j’avais mis un de mes tableaux brodés dans un article 🙂
    dans les commentaires j’ai vu que tu parlais des utopiales….je vois ce festival un peu comme le pendant ‘ouest’ des imaginales ‘de l’est’ et tu as dû y rencontrer des auteur(e)s que j’ai côtoyés de mon côté de la france….je ne me souviens pas avoir lu de reportage de ta part à ce sujet (l’aurais-je loupé aussi?)
    allez zou je vais poursuivre ma lecture de tes liens 😉
    gros bisous, cat et belle soirée

    J'aime

    1. Bonsoir Malyloup,
      Tellement heureuse de te retrouver. 🙂
      J’ai supprimé le doublon (« pour pour »). Merci pour ton signalement. Fatigue aidant, je ne l’avais pas repéré.
      Je pense avoir échangé avec Emmanuel (Gouvernaire) à propos des Utopiales car il est fan, effectivement. Contrairement à ce que je projetais, je n’ai finalement pas pu y participer, ce qui explique l’absence d’articles. 😉
      J’espère que la météo vous aura permis de faire de belles promenades en famille et, pour toi, de voir aussi quelques beaux oiseaux.
      Sur mon compte Twitter (sur le blog, cliquer sur « mes tweets » car, en dépit de modif. de paramétrages, ma Timelime n’est actuellement pas visible ; je vais devoir le signaler à Word Press car ce n’est pas la 1ère fois :-(), tu trouveras une petite vidéo que j’ai réalisée, samedi dernier. Le chant de la grive musicienne que j’ai entendue, après une promenade le long de l’Erdre, devrait te plaire, autant que cela a été le cas pour moi et d’autres promeneurs.
      Bisous, à très vite.
      Catherine
      PS : As-tu accès aux évaluations ? Là aussi, le widget n’est pas toujours accessible sur WP…

      Aimé par 1 personne

        1. Oh, super, merci pour ta confirmation (et pour les 5 étoiles :-)). Au moins cela marche.
          Je viens de revenir sur mon widget « TIimeline Twitter » mais la modif. réalisée disparaît dès que je clique sur « publier »…
          Tant pis pour nous sur Twitter. Dans tous les cas, tu peux lire mes posts. 😉
          By, au plaisir de connaître ton avis sur mes autres articles.

          Aimé par 1 personne

    1. Bonsoir Nathalie,

      Merci, heureuse de te retrouver et de savoir que mon article t’a intéressé, sur le fond et la forme. Armèle, à qui je l’ai envoyé, par mail, l’a trouvé « joliment écrit », ce qui m’a fait plaisir car, sans avoir encore franchi le pas de m’inscrire à un atelier d’écriture, j’aime coucher certaines émotions sur les pages vierges et border, du mieux possible, ce lit d’écriture. 😉 *

      Ton avis sur mes photos est bienveillant. En réalité, après avoir rencontré un sol très dur, à 2 reprises au moins, mon appareil photos est capricieux, pour ne pas dire fichu (3 photos sur 4 sont floues, la mise au point ayant beaucoup souffert). Par ailleurs, le bruit du moteur est assez dérangeant. Pour toutes ces raisons, je ne l’utilise quasiment plus qu’en extérieur et fais les photos avec mon téléphone. La qualité est moindre, clairement. De près ok mais en zoom… pourri ! 😉

      Le temps de recherches et d’écriture ne m’a pas permis de rattraper un énorme retard de lecture. As-tu fait paraître un article ces derniers temps ? Un nouveau portrait peut-être ?

      Bonne fin de soirée, à bientôt j’espère.

      Cat

      (*) As-tu suivi, sur son blog, ou sur FB, l’évolution littéraire impressionnante de notre amie du « Théâtre de Nath » ? 🙂

      J'aime

    1. Bonsoir Emmanuel,
      Je rougis devant ce compliment… tellement sympa. 🙂
      Par ailleurs, je suis heureuse de voir que cette activité plutôt féminine (il y a cependant quelques brodeurs, comme tu l’as peut-être vu dans l’une des vidéos et l’un des articles référencés) convient aussi bien aux cerveaux droits que gauches. 😉
      Au plaisir de te retrouver dans cet espace.
      De mon côté, dès que j’ai fini 2 nouveaux moocs auxquels je me suis inscrite, j’essaie de découvrir les derniers articles des uns et des autres (un tel retard… :-().
      Catherine

      PS : Participeras-tu aux Utopiales (Nantes) ?

      J'aime

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