Le blob, « péril jaune » polymorphe ou génie tutélaire ?

En revenant sur l’édition 2019 de la « nuit européenne des chercheurs« , un récent voyage sur « la toile » m’a permis de découvrir le  » blob  » (*), auquel Audrey Dussutour, éthologue du CNRS de Toulouse, consacre une grande partie de ses travaux  de recherche.

Une expérience de sérendipité, digne du conte de Louis de Mailly, que vous avez peut-être déjà vécue, dans la nature, en croisant ce mystérieux « physarum polycephalum« , sans probablement imaginer ses pouvoirs surnaturels.

« Aux frontières du réel », suivons cette  » blob-trotteuse  » passionnée pour découvrir ce rampant, au thésaurus imprécis qui, au-delà de son aspect et de son odeur de moisi, est incroyablement attirant…

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Blob © MNHN F-G G. Randin

Une apparence aussi énigmatique que son nom

Caché sous les écorces, ou dans certains coins sombres, à l’abri de la lumière, ce myxomycète (du grec « myxo », gélatineux, et de la racine « myc », champignon), vit principalement dans les sous-bois. On en trouve sur différents territoires de notre planète.

Il peut se présenter sous différentes formes (rond, arborescent, informe…) et couleurs (blanc, rose, noir, vert…), même si le jaune est plus fréquent

A l’instar de la créature gluante éponyme, d’un célèbre film américain, des années 50, la couleur jaunâtre, symbolique et ambivalente de cet « alien » doit-elle nous faire « bloblo…ter » ? (**)

En réalité, le blob est inoffensif. Apparu sur Terre, il y a près d’un milliard d’années, il est même indispensable à notre écosystème (biodiversité via la génération de micronutriments nécessaires aux plantes, recyclage des métaux lourds…).

 » Dans l’évolution, c’est un chaînon manquant entre les organismes unicellulaires et nous.  » (Audrey Dussutour – Journal du Dimanche, 31/05/17) (1)

Un amibozoaire qui défie les lois de la biologie

Découvert en 1973, dans le jardin d’une américaine, ce microorganisme eucaryote suscite l’intérêt des médias depuis lors. Jusqu’aux recherches du CNRS, cette créature semblait néanmoins inclassable.

Ni champignon, ni plante, ni  animal, le blob est en fait un organisme unicellulaire dont le corps (plasmodium) peut potentiellement atteindre 10 m2 (contre 0.01 pour une cellule humaine).

Ce n’est toutefois pas la moindre de ses étonnantes capacités. En effet :

  • il se repère parfaitement dans l’espace, bien qu’il n’ait pas d’yeux,
  • sans nez, il respire pourtant,
  • dépourvu de bouche et d’estomac, il digère néanmoins sa nourriture (bactéries, champignons, dans la nature ; avoine, en laboratoire) ; manger est essentiel à sa santé, aussi passe-t-il sa vie à ramper derrière la nourriture. (1)
  • sa croissance est exponentielle : il double de taille chaque jour,
  • dénué de pattes, il se déplace en utilisant son système veineux (dans lequel circule son « sang »), à raison de 2 à 4 cm/heure. Ses pseudopodes (déformations de sa membrane plasmique) lui permettent même de se déplacer simultanément dans plusieurs directions (un pas en avant, un demi-pas en arrière).
  • avec 720 genres sexuels, il se reproduit facilement, par spores (comme le champignon),
  • il ne craint ni l’eau, ni le feu mais fuit la lumière,
  • coupé en deux, il cicatrise en 2 minutes. En cas de dispersion, les morceaux peuvent même devenir des clônes indépendants,
  • après des années sans manger et se réveiller, cet « ovni » (***) peut se régénérer si on le réhydrate et le nourrit. Quasiment immortel !..

Ses propriétés antifongiques et antibactéricides ouvrent de multiples et positives perspectives médicales et technologiques (dépollution des sols, nouveaux antibiotiques, traitement efficace du cancer, optimisation de réseaux…).

Un génie de l’adaptation

Sous son allure d’œufs brouillés, et bien qu’il n’ait pas de cerveau, cet organisme primitif, cache également une singulière intelligence.

Blob©Audrey Dussutour-CRCA-CNRS-Photothèque-minDans une étude, publiée dans Proceedings of the Royal Society B, Romain Boisseau (chercheur en biologie de l’Université Toulouse III Paul-Sabatier),  David Vogel et Audrey Dussutour (équipe du centre de recherche sur la cognition animale du CNRS), ont démontré que physarum polycephalum sait tirer des leçons de ses expériences afin de se nourrir sans risque.

Confrontés à des substances amères (café, quinine ou sel), différents groupes de protistes, d’abord méfiants, ont réalisé leur innocuité et fini par les traverser pour accéder à leur source de nourriture.

Après quelques jours, sans stimulus, l’habituation n’opère néanmoins plus.

Autre découverte (3-4) :  le blob est capable de mémoriser et communiquer ses  apprentissages, à un congénère, en fusionnant avec lui (explications de ce processus transmissif ci-dessous) :

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Deux Physarum « expérimentés », ou « habitués » (H), ont fusionné avec un blob « naïf » (N). À droite, l’observation, au moins trois heures plus tard, montre la formation d’un canal entre les deux organismes. © David Vogel

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2020 aux couleurs de l’Elephant Parade, à Nantes

Psycho Elephant (F.GUIMARAES)-Elephant parade-Nefs de Nantes©CuriousCat-min
Psycho Elephant (F.GUIMARAES)-Elephant parade-Nefs de Nantes©CuriousCat

Gros plan oeil de l'éléphant2-Machines de l'île-Delarozière ©CuriousCat-min-1L’art peut agir sur l’inconscient individuel et collectif en mettant  » l’homme devant ses responsabilités : rétablir, dans l’urgence, les liens d’équilibre entre lui-même et son milieu vital « . (P. Ardenne – Un art écologique – Ed. La Muette/Le Bord de l’eau).

L' »effet Dumbo » de l’Elephant parade (1) qui s’est déroulée, à Nantes, du 21 décembre 2019 au 5 janvier 2020, dans le cadre de la 13ème édition du Noël aux Nefs des Machines de l’île, devrait ainsi agiter longtemps nos mémoires…

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D’orophant (T.MAC KAY)-Elephant parade-Nefs de Nantes©CuriousCat

Mais, avant tout…

Elephant Parade®, kézako ? (1)

  • Statut ? : entreprise sociale hollandaise
  • Depuis quand ? : Fondée en 2006, par Marc Spits et son fils Mike.
  • Pourquoi ? : Lors d’un voyage en Thaïlande, Marc avait rencontré Mosha, un bébé éléphant, amputé d’une partie de sa jambe après avoir marché sur une mine.
  • Pour quoi ? : Créer une structure rentable, à long terme, afin d’assurer un avenir durable pour Mosha et d’autres victimes éventuelles.
  • Quelles actions, depuis 2007 ? :

*Financement de programmes de protection et de préservation des éléphants, via :

 1. la création artistique de 1 500 statues uniques, de 150 cm, en fibre de verre ; 1 900 artistes contributeurs, à propos desquels Marc Spits disait, en 2013 :

Gros plan oeil de l'éléphant2-Machines de l'île-Delarozière ©CuriousCat-min-1No matter the artist, celebrity or painter, this dynamic group of people are gathering, on a global level, to be a part of an incredibly important cause to paint a brighter future for a species now threatened with extinction.”

2. l’organisation d’expositions internationales annuelles (30 parades, à ce jour).

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Elefancy (E.SEVERIN)-Elephant parade-Nefs de Nantes©CuriousCat

3. le reversement de 20 % des profits nets issus (vente de statues et/ou de modèles réduits en résine de 10, 15 ou 20 cm), avec un don minimum de 50 000 euros par an.

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Twisted almond blossom-(Springer by Phantasma)-Elephant parade-Nefs de Nantes©CuriousCat

*Sur la base de cadeaux personnalisés, destinés à démarquer positivement les entreprises partenaires de leurs concurrents, programmes de Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE) spécifiques et communication originale ad hoc.

Parmi les nombreux partenaires, qui exposent des éléphants dans leur hall d’entrée, citons : The Peninsula, Shangri-La, David’s Kitchen, Chang Beer, BMW, Mercedes ou River City, etc.

1:30 mns pour résumer cet « éco-art » :

D’autres vidéos sur : https://www.youtube.com/user/ElephantParadeTV/videos.

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Armèle, repasseuse-« brodeuse en blanc » de coiffes… Faire vivre la tradition !

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Armèle Périgaud-Musée Compagnonique de Nantes-#JDP2019©CuriousCat

Invitée par l’Union compagnonnique de Nantes, lors des Journées du Patrimoine 2019 (1), Armèle Périgaud est, en France, l’une des dernières repasseuses-« brodeuses en blanc » de coiffes (moins d’une vingtaine en Loire-Atlantique).

Même si elle n’a pas été formée par cette institution (2), Armèle incarne, dans ses savoir-être et savoir-faire, la tradition artisanale et folklorique que Frithjof Schuon appelait la « fonction intellectuelle du peuple » (« De l’unité transcendante des religions« -Gallimard 1948).

En parfaite congruence avec le site muséal, les valeurs et la devise des Compagnons (« Ni se servir, ni s’asservir, mais servir« ), elle fait de la sauvegarde du terroir, et de ce métier traditionnel, quasi disparu, un « art de vivre ».Musée Compagnonique-Artdeladentelle-6-Nantes©CuriousCat-min

Armèle Périgaud est née à Nantes, il y a 75 ans. Selon ses propres termes, elle a : « appris à broder avant de savoir lire et écrire »… « Dix ans d’apprentissage et quinze de pratique sont nécessaires pour devenir une bonne brodeuse ».

La coiffe, signe des femmes du peuple

Sa coiffure, sa coiffe, sa tenue impeccable, ainsi que sa châtelaine, accrochée à son tablier… tout démontre son goût de l’apprêt, du beau, de l’élégance et sa fierté. «  La coiffe est un véritable « marqueur identitaire« , partage-t-elle, avec un regard et un sourire passionnés, le « tam du » (chignon torsadé) coquettement rangé dans son noir filet.

Partout, le blanc domine, rappelant la connotation religieuse (pureté, dignité, perfection, couleur monastique…), que l’attitude, souvent réservée, ou recueillie, des femmes coiffées, semble avoir toujours corroborée.

Musée Compagnonique-Artdeladentelle-7-Nantes©CuriousCat-min

D’un long et quotidien apprentissage familial, Armèle conserve la patience, la dextérité et l’amour du « bel ouvrage », comme en témoigne sa collection. Au total, plusieurs centaines de coiffes, bonnets d’enfant (Second Empire, notamment), châles, dentelles, mouchoirs, linge fin (XIXe siècle, début XXe), et différents objets servant à broder et/ou repasser

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Les rubans arc-en-ciel du compagnonnage

Depuis la création, en 1984, des Journées Européennes du Patrimoine, la mise en lumière, annuelle, du patrimoine historique et/ou culturel  (matériel et immatériel), valorise aussi des sites moins connus, tel le Musée compagnonnique du Manoir de la Haultière« , découvert le 21/09/19, quartier Ste Anne, à Nantes.

Au-delà de sa valeur patrimoniale (histoire, architecture, reconnaissance de l’UNESCO depuis le 16/11/10), cette cayenne est remarquable à plusieurs titres : conservatoire vivant des savoir-faire, elle témoigne, en effet, aussi, des valeurs et rites des Compagnons du Tour de France des Devoirs Unis, au travers d’œuvres, d’outils et de rubans colorés.

Au faîte du bâtiment, la salle « Agricol Perdiguier » se vit comme un voyage initiatique « philosophico-spirituel ». A l’instar de l’itinérance des aspirants compagnons, tout commence par une histoire de « couleurs« …

Sans être une société secrète, connotée négativement, le compagnonnage est néanmoins une « société à secrets« , régie par une symbolique ésotérique.

Depuis le XIIIème siècle, les signes « kabbalistiques » guident les compagnons durant leur parcours (tour de France visant les apprentissages techniques, la découverte des métiers, des concepts, moraux et sociaux, transmis par les maîtres). Abstrus, pour les non-initiés, ils représentent, en quelque sorte, pour les jeunes ouvriers, un voyage ascensionnel et intérieur, au cœur même du divin.

Le sens des couleurs et de la lumière participe de cette mystique. Par contraste, leurs nuances servent effectivement de révélateurs de la réalité de notre existence et de notre essence intrinsèque.

Musée Compagnonique-Couleurs12-Nantes©CuriousCat-min
Musée compagnonnique des Devoirs réunis – Nantes

Avec la canne, longue ou courte, les « couleurs » sont emblématiques de la société à laquelle un compagnon appartient. Elles comportent ses initiales ou des ornements spécifiques, selon ses grade et fonction. Leur taille varie (1m à 1m50 de long ; 6 à 10 cm de large).

Les « livrées » unies originelles sont devenues des « rubans« . On frappe les étoffes en velours avec des fers, à chaud, tandis que des rouleaux gravés sont utilisés pour les tissus en soie moire, brodés d’or et d’argent.

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Eglise orthodoxe de Biarritz : contribution ouverte pour patrimoine à hautes valeurs ajoutées

Face au golfe de Gascogne, Biarritz est un « amphithéâtre » ouvert aux vents marins. A l’avant-scène, au bord de sa grande plage, l’hôtel du Palais, construit en 1855 par Eugénie de Montijo, au style somptueux et polychromique du second empire, néo Louis XVIII, en demeure l’emblème. Comme un « manteau d’Arlequin » virtuel (*), il masque, côté rue, une église orthodoxe qui donne accès, « en coulisses », à d’autres trésors iconiques, « fenêtres sur le monde invisible »

Biarritz-Hôtel du Palais & Eglise orthodoxe©CuriousCat-DSC00561-min
Biarritz-Hôtel du Palais & Eglise orthodoxe©CuriousCat

Signe de ma « bonne foi » chrétienne et de la promesse faite, l’été dernier (**), à Serge Cheloudtchenko, marguillier des lieux, l’appel aux dons, indispensables à la restauration de cet édifice, justifie aujourd’hui cette « tribune numérique » et une scénographie éclairée par son halo divin.^^

Biarritz-Eglise orthodoxe©CuriousCat-DSC00603-min

Dédiée à la Mère de Dieu (Pokrov) et Saint Alexandre de la Neva, l’église orthodoxe biarrote témoigne, depuis le XIXe siècle, de la foi et de la culture russe en France.

           Ste Mère de toute protection      St Alexandre de la Neva

Depuis 1931, le bâtiment, de style byzantin, est placé sous la juridiction du Patriarcat œcuménique de Constantinople. Exceptionnel dans la région, il a été classé « monument historique » en juin 2016.

Malgré son statut, et l’entretien de ses fidèles (Russes, Georgiens, Ukrainiens, Serbes, Moldaves, Biélorusses, Français), l’église est en péril. Ironie dramatique : le climat océanique aquitain bienfaisant (pur, riche en ozone et en brome…), qui avait attiré, au XIXe, une importante colonie aristocratique russe, est également marqué par des entrées maritimes (vents forts, humidité, salinité) qui dégradent fortement l’édifice, pourtant distant du « frons » de mer.

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Emmanuel DYAN [CC BY 2.0 (https://creativecommons.org/licenses/by/2.0)%5D

Comme me l’indiquera le fabricien, l’histoire de l’église demeure compliquée, depuis ses origines. En bref :

* Construction : en 1888 (après la chute de Napoléon III), le tsar Alexandre III, et le père Hérodion, obtiennent du gouvernement républicain français, anticlérical, un accord pour bâtir l’église, à condition qu’elle n’ait pas de cloche et soit édifiée comme une chapelle d’appartement, d’où la présence d’un logement privé, au rez-de-chaussée, destiné au prêtre.

A partir de 1890, l’église sera construite par les architectes Nikonoff (russe attaché au Saint Synode) et Tisnès (français de Biarritz).

Elle sera consacrée en 1892, en présence de l’ambassadeur de Russie en France et de plusieurs membres de la famille impériale russe, dont la tsarine Maria Feodorovna qui fréquentera régulièrement la station balnéaire jusqu’aux années trente.

Loin de la magnificence de la megalis ecclesias de Constantinople, le patrimoine matériel et immatériel séculaire de l’église biarrote touche néanmoins la mémoire et le cœur des hommes.

Ornée d’icônes provenant de Saint Pétersbourg, l’église comporte une magnifique «iconostase», en bois de chêne sculpté, qui évoque le voile de Salomon et symbolise la séparation et la transition entre les espaces corporel (nef) et spirituel (sanctuaire).

Au centre, les Portes Royales, symbolisent l’entrée du royaume de Dieu. Y sont représentés la Vierge Marie, l’archange Gabriel, ainsi que les quatre évangélistes, encadrés par la Mère de Dieu (avec son enfant) et le Christ Sauveur.

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Biarritz-Eglise orthodoxe-Iconostase©CuriousCat

* Révolution russe : de 1917 à 1923, environ, nombre de russes blancs émigrent à Biarritz et s’y installent. Leurs descendants demeurent encore marqués par cette période chaotique. Emu, Serge Cheloudtchenko, témoignait ainsi, en octobre 2017, de son drame familial, auprès d’Iban Etxezaharreta, de France Bleu Pays Basque : https://www.francebleu.fr/infos/societe/100-ans-apres-les-echos-de-la-revolution-russe-au-pays-basque-1509014044.

Attaché à l’église, il veille à préserver les traditions autant que le bâtiment. L’archevêque Gabriel de Comane, exarque œcuménique, lui a d’ailleurs remis, en 2010, une « gramata« , pour le récompenser de son engagement.

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Le « QR code couleurs » des cartes à jouer… un roman historique ?

Fin janvier 2016, j’inaugurais ce blog, « espace de jeux de mots » et alambique personnel d’une matière grise dont les idées, tantôt raisonnables, tantôt fantaisistes, portent haut les couleurs de leur CuriousCat…

https://i1.wp.com/www.icone-gif.com/gif/personnages/joker/joker001_ancien.gifPuisque l’entame de chaque nouvelle année peut changer la donne de notre destin, je choisis aujourd’hui de « jouer cartes sur table » en avouant, ici, en guise de bons vœux*, souhaiter continuer « à vous en faire voir, encore de toutes les couleurs ». S’il vous semble, toutefois, que « le jeu n’en vaut pas la chandelle », il sera toujours temps, pour moi, de sortir mon « joker » et voir comment vous plaire d’ici janvier prochain.**

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Sans  en décrypter ici la fonction sociale, sous le prisme anthropologique de Johan Huizinga (Homo Ludens-1951), le pouvoir évocateur du jeu de cartes semble, « à cœur ou à raison », pour la mémoire humaine, d’une intensité émotionnelle comparable à celle des madeleines de Proust.

Bien que l’usage commun de ces « fiches » cartonnées, aux motifs variés, au « triomphe » modeste, nous ait tous démocratiquement logé(e)s,  jusqu’alors, « à la même enseigne« ^^, qu’en connaissons-nous en fait réellement ?

Avec sa chanson « Caroline », MC Solar avait bien essayé de nous mettre sur la voie en 1991. Trèfle, pique, cœur, carreau y faisaient symboliquement bonne figure… comme un langage codé dont je tenterai, ici, de retrouver les signes.

Entre « Da Vinci code », « Mary atout pris »^^ et « Alice au pays des merveilles », voyons ce que les cartes nous racontent et partons à la recherche de cette quête identitaire dont ces « indices » colorés portent symboliquement l’imaginaire…

Source : https://www.youtube.com/watch?v=BJ_aXs4Tar8

Quel rapport avec le « QR code » me direz-vous ? Sans rejouer toute l’histoire, la dimension « 2D » ne peut vous échapper : une dimension historique, d’une part, et symbolique, d’autre part, qui se traduit par :

 Le choix des couleurs :

Même s’il n’est pas à proprement parler « caché », le sens du code couleur des cartes est néanmoins symbolique, le rouge et le noir représentant respectivement le solstice d’été et l’équinoxe.

Au-delà des saisons, cette symbolique numérologique pourrait presque, par ailleurs, sembler ésotérique dans ses liens mystérieux avec la religion et l’astronomie. Saviez-vous par exemple que :

– les 13 cartes de chaque couleur correspondent aux 13 semaines de chaque saison de l’année,

–  ajoutée au joker, la somme des chiffres de chaque « couleur » (en comptant valet=11, dame=12 et roi=13), multipliée par le nombre d’enseignes est égale à 365 (et oui, nombre de jours de l’année^^).*

(*) Dans les jeux de 52 cartes, les 2 jokers sont prévus pour les années bissextiles.

Le choix des enseignes (appelées « couleurs« , à tort…) :

Par convention, les figures sont celles du recto. Je n’évoquerai donc pas le dos des cartes dont le design a varié, au fil du temps et des imprimeurs (blanc au XIXe par exemple, de nombreuses cartes servant alors de support : mots doux, certificats de mariage, cartes de visite, reconnaissances de dettes, réclames, ordres d’incarcération, voire monnaie durant la révolution française…).

Sans perdre leur aura, quasi mythologique,  les enseignes ont malgré tout bien évolué depuis leur origine.

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Le cercle des « poètes chromatiques » disparus…

Street-art-St Nazaire (44)-©CuriousCat-DSC08276-min

L’appréciation des couleurs diffère selon chaque être humain en fonction de sa sensibilité à l’éclairage, l’environnement ou les textures par exemple… Au travers de la photographie, nos émotions arrivent pourtant souvent à se rejoindre, comme reconnectées et unies dans une « recosmisation » universelle harmonieuse.

Esprits libres et oniriques, entrez dans le cercle et suivez-moi dans cette nouvelle « écriture de lumière » !

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#Nuits féériques-Jardin des Plantes-Nantes ©CuriousCat

Tout commence dans la « jungle urbaine »…

Street-art-St Nazaire (44)-©CuriousCat-DSC08280-min
#Street-art-St Nazaire (44)-©CuriousCat
Street-art-St Nazaire (44)-©CuriousCat-DSC08281-min
#Street-art-St Nazaire (44)-©CuriousCat
Expo A-MO Galerie l'Artichaut-Nantes-©CuriousCat-DSC08060-min
#Street art-Expo A-MO Galerie l’Artichaut-Nantes ©CuriousCat

où le drôle de « colibrius » que je suis puise son nectar pigmenté…

Expo G.PAINEAU-Radison Blu Hotel ©CuriousCat -DSC09601-min
#Peinture-Expo G.PAINEAU-Radison Blu Hotel Nantes ©CuriousCat
Expo G.PAINEAU-Radison Blu Hotel ©CuriousCat DSC09606-min
#Peinture-Expo G.PAINEAU-Radison Blu Hotel Nantes ©CuriousCat
Expo G.PAINEAU-Radison Blu Hotel ©CuriousCat DSC09604-min
#Peinture Expo G.PAINEAU-Radison Blu Hotel Nantes ©CuriousCat

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L’aventure intérieure du Voyage à Nantes : « entrez dans la transe » avec Pick up Production !

L’art porte intrinsèquement en lui la capacité de restituer une visibilité différente du vivant. Comme le chamanisme, cette relation poétisée, avec l’invisible, permet même souvent d’entrevoir un monde potentiellement meilleur. A l’instar de certaines méthodes thérapeutiques, le street art suggère, en particulier, un autre rapport au monde ou à soi-même. Pour autant, ce pouvoir de faire parler les murs, de « repanser » le monde en stigmatisant les lieux, par une empreinte humaine, lui confère-t-il les vertus d’un réel « art médecine » ? Cet acte créatif urbain est-il d’ailleurs délibéré ou parfois inconscient ?…

Pour tenter de répondre, continuons l’aventure onirique du Voyage à Nantes, amorcée avec Pedro, et revivons, en images, l’expérience immersive de l’association de culture hip hop Pick Up Production, dans un univers carcéral où des drames de la « comédie humaine » ont servi de support narratif à une dizaine d’artistes, tel le miroir à deux faces de « l’ordre des choses »…

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#Street-art-VAN-« Entrez libre » PICK UP PRODUCTION-Ancienne prison-Nantes ©CuriousCat

Symbole paradoxal de l’imperfection de cet ordre, la ville avait installé son ancienne prison à côté de l’ex Palais de justice devenu aujourd’hui le Radison Blu Hotel.

Avant sa démolition fin 2017, puis sa reconversion en 2019 (160 logements, une crèche, un parking souterrain de 400 places et un théâtre à la place du pavillon du greffe), la société Cogedim (propriétaire actuelle) a permis à Pick Up Production d’investir une partie des 12 600 m2 de l’ex Maison d’arrêt pour réaliser un projet artistique et éphémère…  en toute liberté ! 😉

Du 01/07 au 27/08, 94 411 visiteurs en auront franchi les grilles volontairement.

Street-art-VAN-Ancienne prison-Nantes ©CuriousCat-1DSC09004-min
#Street-art-VAN-« Entrez libre » PICK UP PRODUCTION-Ancienne prison-Nantes

Enfermés 17 jours dans ce cadre historique, abandonné par ses occupants en 2012, ce collectif de peintres, plasticiens, graffeurs et sérigraphes… a donc tenté de comprendre, puis traduire, l’enfermement, la surpopulation, la peur, la folie, les rêves, l’espoir, l’évasion… pour aiguiser les sens et toucher les esprits, via une transe picturale (http://france3-regions.francetvinfo.fr/pays-de-la-loire/loire-atlantique/nantes/culture-voyage-nantes-met-artistes-prison-1290979.html).

Street-art-VAN-Ancienne prison-Nantes ©CuriousCat-DSC09037-min
#Street-art-VAN-« Entrez libre » PICK UP PRODUCTION-Ancienne prison-Nantes

Les « maux » amenant les « mots », soyez vous aussi les bienvenus dans l' »enfer sur terre« , pour reprendre le graff de Persu inscrit au fronton du mur d’enceinte de l’ancienne maison d’arrêt de Nantes et… « Entrez libres »  !

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#Street-art-PERSU-VAN-« Entrez libre » PICK UP PRODUCTION-Ancienne prison-Nantes ©CuriousCat
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#Street-art-KAZY USCLEF-VAN-« Entrez libre » PICK UP PRODUCTION-Ancienne prison-Nantes ©CuriousCat

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Emotion colorée du vivant… l’enfance de l’art !

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Expo Promenons-nous dans les bois-Maison Erdre-Nantes ©CuriousCat

« L’art enfantin est également un proche cousin de l’Art Brut puisque leurs auteurs dessinent, peignent, modèlent librement, entretenant une relation naturelle avec l’expression artistique. Aucun d’entre eux ne se considère comme un artiste et chacun privilégie généralement la fabrication plus que le résultat. Les enfants, comme les auteurs d’Art Brut, ne cherchent pas les modèles culturels, leurs œuvres -inventives- proposent des solutions novatrices. »

Lucienne Peiry – « L’Art Brut et l’art naïf, l’art enfantin, l’art primitif ».

Dans le cadre du projet éducatif « bien grandir à Nantes« , la Maison de l’Erdre accueille, jusqu’au 4 juillet prochain, l’exposition « Promenons-nous dans les bois » co-organisée par la Ville de Nantes, les associations partenaires et 14 classes nantaises.

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Expo promenons-nous dans les bois – L’arbre de la forêt joyeuse-MS-GS-J.Gracq- Maison Erdre-Nantes ©CuriousCat

L’édition 2016, partagée avec tous, avait été un grand bonheur. En 2017, ma récente promenade me donne l’occasion de retrouver cette « liberté de l’enfance« , digne des collections du Muz créé par Ponti

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Viens, je t’emmène, sous un arc-en-ciel de couleurs !

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Expo Promenons-nous dans les bois-L’arbre arc-en-ciel – Maison Erdre-Nantes ©CuriousCat

Cet « eucalyptus deglupta » en est lui-même l’illustration étonnante. Il  perd constamment son écorce lisse. Comme l’expliquent les enfants :

« elle se détache en longs lambeaux et change progressivement de couleur : vert pâle puis foncé, bleu, violet, orange/jaune, marron ».

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Cercles de couleurs… féeriques

Fairy rings-f27fd13fde4e3ee1c3ee0c0436a9029bDepuis toujours, science et magie entretiennent des liens assez ambivalents. En chimie notamment, les démonstrations qualifiées de « magiques » ne manquent pas. De son côté, la magie est assez largement issue de techniques scientifiques. Pour illustrer ce qui n’est pas nécessairement paradoxal, je reviendrai ici sur le curieux phénomène des « ronds de sorcière« (1) et « cercles de fées« (2), découvert lors de mon article sur les marais salants qui, in fine, « vous en fera voir de toutes les couleurs » dans différents environnements

 

De quoi s’agit-il ? Comment expliquer ces phénomènes étranges ?

Ces anneaux féeriques sont-ils l’empreinte énigmatique, éphémère et colorée, de quelque créature fantastique ?

N’en déplaise aux amateurs d’ésotérisme, il semble que, quelle qu’en soit la couleur et l’environnement, ces phénomènes sont en réalité parfaitement naturels, même si de nombreuses traditions leur ont régulièrement attribué des pouvoirs tantôt bénéfiques, tantôt maléfiques !…

Dans les marais salants

En milieu de saison, lorsque l’eau contient environ cent grammes de sel par litre, des ronds concentriques, de 40 à 50 cm de diamètre, apparaissent souvent à la surface du fond argileux des fares, bassins de marais-salants qui accélèrent la transformation de l’eau de mer en saumure avant la cristallisation du sel dans l’œillet.

Prosaïquement, ces anneaux sont a priori formés de cyanobactéries oscillaires, remontant des profondeurs de la vase vers la lumière, particulièrement résistantes aux conditions extrêmes, qui se seraient développées, il y a 550 millions d’années (première forme de vie terrestre).

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En août 2015, des paléontologues sibériens, venus chercher à Guérande, en Loire-Atlantique, les traces hypothétiques d’un stade évolutif de la croûte terrestre (l’Ediacarien), ont relevé que quelques anneaux, semblables à de très anciens fossiles, s’apparentent aux tapis microbiens forestiers, donnant à penser que certains champignons influeraient sur le développement des cyanobactéries et des diatomées.

Retour en arrière en attendant de découvrir l’intégralité des résultats de leurs recherches, en 2019 : http://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/544/reader/reader.html#!preferred/1/package/544/pub/545/page/8

Pourquoi les couleurs sont-elles variables ?

Pas de certitude absolue mais l’hypothèse que, en se reconstituant à des vitesses différentes, le tapis provoquerait ces changements de couleur, assortie de questions corollaires : la croissance des champignons dégrade-t-elle la couche superficielle du tapis microbien, les cyanobactéries et les diatomées se séparent-elles pour des raisons inexpliquées ?….

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