Les rubans arc-en-ciel du compagnonnage

Depuis la création, en 1984, des Journées Européennes du Patrimoine, la mise en lumière, annuelle, du patrimoine historique et/ou culturel  (matériel et immatériel), valorise aussi des sites moins connus, tel le Musée compagnonnique du Manoir de la Haultière« , découvert le 21/09/19, quartier Ste Anne, à Nantes.

Au-delà de sa valeur patrimoniale (histoire, architecture, reconnaissance de l’UNESCO depuis le 16/11/10), cette cayenne est remarquable à plusieurs titres : conservatoire vivant des savoir-faire, elle témoigne, en effet, aussi, des valeurs et rites des Compagnons du Tour de France des Devoirs Unis, au travers d’œuvres, d’outils et de rubans colorés.

Au faîte du bâtiment, la salle « Agricol Perdiguier » se vit comme un voyage initiatique « philosophico-spirituel ». A l’instar de l’itinérance des aspirants compagnons, tout commence par une histoire de « couleurs« …

Sans être une société secrète, connotée négativement, le compagnonnage est néanmoins une « société à secrets« , régie par une symbolique ésotérique.

Depuis le XIIIème siècle, les signes « kabbalistiques » guident les compagnons durant leur parcours (tour de France visant les apprentissages techniques, la découverte des métiers, des concepts, moraux et sociaux, transmis par les maîtres). Abstrus, pour les non-initiés, ils représentent, en quelque sorte, pour les jeunes ouvriers, un voyage ascensionnel et intérieur, au cœur même du divin.

Le sens des couleurs et de la lumière participe de cette mystique. Par contraste, leurs nuances servent effectivement de révélateurs de la réalité de notre existence et de notre essence intrinsèque.

Musée Compagnonique-Couleurs12-Nantes©CuriousCat-min
Musée compagnonnique des Devoirs réunis – Nantes

Avec la canne, longue ou courte, les « couleurs » sont emblématiques de la société à laquelle un compagnon appartient. Elles comportent ses initiales ou des ornements spécifiques, selon ses grade et fonction. Leur taille varie (1m à 1m50 de long ; 6 à 10 cm de large).

Les « livrées » unies originelles sont devenues des « rubans« . On frappe les étoffes en velours avec des fers, à chaud, tandis que des rouleaux gravés sont utilisés pour les tissus en soie moire, brodés d’or et d’argent.

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