Eglise orthodoxe de Biarritz : contribution ouverte pour patrimoine à hautes valeurs ajoutées

Face au golfe de Gascogne, Biarritz est un « amphithéâtre » ouvert aux vents marins. A l’avant-scène, au bord de sa grande plage, l’hôtel du Palais, construit en 1855 par Eugénie de Montijo, au style somptueux et polychromique du second empire, néo Louis XVIII, en demeure l’emblème. Comme un « manteau d’Arlequin » virtuel (*), il masque, côté rue, une église orthodoxe qui donne accès, « en coulisses », à d’autres trésors iconiques, « fenêtres sur le monde invisible »

Biarritz-Hôtel du Palais & Eglise orthodoxe©CuriousCat-DSC00561-min
Biarritz-Hôtel du Palais & Eglise orthodoxe©CuriousCat

Signe de ma « bonne foi » chrétienne et de la promesse faite, l’été dernier (**), à Serge Cheloudtchenko, marguillier des lieux, l’appel aux dons, indispensables à la restauration de cet édifice, justifie aujourd’hui cette « tribune numérique » et une scénographie éclairée par son halo divin.^^

Biarritz-Eglise orthodoxe©CuriousCat-DSC00603-min

Dédiée à la Mère de Dieu (Pokrov) et Saint Alexandre de la Neva, l’église orthodoxe biarrote témoigne, depuis le XIXe siècle, de la foi et de la culture russe en France.

           Ste Mère de toute protection      St Alexandre de la Neva

Depuis 1931, le bâtiment, de style byzantin, est placé sous la juridiction du Patriarcat œcuménique de Constantinople. Exceptionnel dans la région, il a été classé « monument historique » en juin 2016.

Malgré son statut, et l’entretien de ses fidèles (Russes, Georgiens, Ukrainiens, Serbes, Moldaves, Biélorusses, Français), l’église est en péril. Ironie dramatique : le climat océanique aquitain bienfaisant (pur, riche en ozone et en brome…), qui avait attiré, au XIXe, une importante colonie aristocratique russe, est également marqué par des entrées maritimes (vents forts, humidité, salinité) qui dégradent fortement l’édifice, pourtant distant du « frons » de mer.

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Emmanuel DYAN [CC BY 2.0 (https://creativecommons.org/licenses/by/2.0)%5D

Comme me l’indiquera le fabricien, l’histoire de l’église demeure compliquée, depuis ses origines. En bref :

* Construction : en 1888 (après la chute de Napoléon III), le tsar Alexandre III, et le père Hérodion, obtiennent du gouvernement républicain français, anticlérical, un accord pour bâtir l’église, à condition qu’elle n’ait pas de cloche et soit édifiée comme une chapelle d’appartement, d’où la présence d’un logement privé, au rez-de-chaussée, destiné au prêtre.

A partir de 1890, l’église sera construite par les architectes Nikonoff (russe attaché au Saint Synode) et Tisnès (français de Biarritz).

Elle sera consacrée en 1892, en présence de l’ambassadeur de Russie en France et de plusieurs membres de la famille impériale russe, dont la tsarine Maria Feodorovna qui fréquentera régulièrement la station balnéaire jusqu’aux années trente.

Loin de la magnificence de la megalis ecclesias de Constantinople, le patrimoine matériel et immatériel séculaire de l’église biarrote touche néanmoins la mémoire et le cœur des hommes.

Ornée d’icônes provenant de Saint Pétersbourg, l’église comporte une magnifique «iconostase», en bois de chêne sculpté, qui évoque le voile de Salomon et symbolise la séparation et la transition entre les espaces corporel (nef) et spirituel (sanctuaire).

Au centre, les Portes Royales, symbolisent l’entrée du royaume de Dieu. Y sont représentés la Vierge Marie, l’archange Gabriel, ainsi que les quatre évangélistes, encadrés par la Mère de Dieu (avec son enfant) et le Christ Sauveur.

Biarritz-Eglise orthodoxe-Iconostase©CuriousCat-DSC00590-min-1
Biarritz-Eglise orthodoxe-Iconostase©CuriousCat

* Révolution russe : de 1917 à 1923, environ, nombre de russes blancs émigrent à Biarritz et s’y installent. Leurs descendants demeurent encore marqués par cette période chaotique. Emu, Serge Cheloudtchenko, témoignait ainsi, en octobre 2017, de son drame familial, auprès d’Iban Etxezaharreta, de France Bleu Pays Basque : https://www.francebleu.fr/infos/societe/100-ans-apres-les-echos-de-la-revolution-russe-au-pays-basque-1509014044.

Attaché à l’église, il veille à préserver les traditions autant que le bâtiment. L’archevêque Gabriel de Comane, exarque œcuménique, lui a d’ailleurs remis, en 2010, une « gramata« , pour le récompenser de son engagement.

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