Avec ou sans couleurs, des enseignes éternellement lumineuses…

Pour celles et ceux qui, comme moi, l’auraient éventuellement perdu, l’été permet occasionnellement de retrouver son latin et, notamment, l’ « otium » ou le « vitiosus », certes moins connus que les « bravos » des « forums » publics^^. En effet, durant cette période, l’oisiveté ubiquitaire nous loge curieusement « à la même enseigne » (Sénèque), préservant notre temps libre, tout en nous occupant à des milliers de « riens ».

Au-delà de ce concept stoïcien du bonheur, en souvenir de mes voyages, à Nantes et ailleurs, en France, j’ai donc voulu mettre à profit ces vacances pour en savoir plus sur ces fameuses « enseignes« , sous leur symbolique matérielle du moins…

Evocateurs de faits économiques, religieux, privés ou collectifs, ces médias publicitaires n’ont pas eu besoin d’être polychromes pour constituer des supports de communication universels, contrairement aux raisons pour lesquelles les enseignes désignaient autrefois les couleurs des cartes, porteuses intrinsèques d’un message spécifique (cf mon précédent article).

Enseigne insolite-Cormeilles (27) ©CuriousCat-DSC06682-min
Enseigne insolite-Cormeilles (27) ©CuriousCat

Destiné, à l’origine, aux passants illettrés, cet art expressif ancien a évolué au fil du temps : fresques, sculptures sur pans de bois, plaques de tôle ornées d’un dessin, enseignes en fer forgé,  en céramique, sur fond de verre lumineux, bas-relief sculpté dans la muraille, voire… enseigne vivante (à Paris, par exemple, « la « Truie qui file, le Coq-Héron, le Singe-Vert, étaient des animaux en cage dont l’adresse émerveillait les passants »). (1)

Enseigne-Quartier Bouffay-Nantes ©CuriousCat -DSC017958-min
Enseigne-Quartier Bouffay-Nantes ©CuriousCat
Enseigne de luthier-Rue des Cap Horniers-Nantes-©CuriousCat-DSC08531-min
Enseigne de luthier-Rue des Cap Horniers-Nantes-©CuriousCat
Enseigne insolite-Vannes (56)©CuriousCat-P1040715-min
Enseigne insolite-Vannes (56)©CuriousCat
Enseigne-Rue Kervegan-Nantes ©CuriousCat -DSC01333-min
Enseigne-Rue Kervegan-Nantes ©CuriousCat

Faire-savoir les savoir-faire est une « sociale attitude » participant d’une culture patrimoniale ancienne puisque les Romains, par exemple, utilisaient déjà les enseignes, au-dessus de leur entrée, pour indiquer la nature de leur statut et/ou activité professionnelle (artisan, auberge, profession libérale, confrérie, marchand de vin…). (2)

Le développement de ces artefacts fut particulièrement important au Moyen-Age, pour plusieurs raisons. Les « cris » et l’image, vantant les produits et/ou services, offraient effectivement un code visuel publicitaire, compréhensible par tous. Par ailleurs, la référence à une enseigne connue servait également de repère, en l’absence de nom de rues ou de maisons (à Paris, la « place Saint-Michel » dut ainsi son nom à une maison qui portait, pour enseigne, la figure de l’archange terrassant le démon »). (1)

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