Eglise orthodoxe de Biarritz : contribution ouverte pour patrimoine à hautes valeurs ajoutées

Face au golfe de Gascogne, Biarritz est un « amphithéâtre » ouvert aux vents marins. A l’avant-scène, au bord de sa grande plage, l’hôtel du Palais, construit en 1855 par Eugénie de Montijo, au style somptueux et polychromique du second empire, néo Louis XVIII, en demeure l’emblème. Comme un « manteau d’Arlequin » virtuel (*), il masque, côté rue, une église orthodoxe qui donne accès, « en coulisses », à d’autres trésors iconiques, « fenêtres sur le monde invisible »

Biarritz-Hôtel du Palais & Eglise orthodoxe©CuriousCat-DSC00561-min
Biarritz-Hôtel du Palais & Eglise orthodoxe©CuriousCat

Signe de ma « bonne foi » chrétienne et de la promesse faite, l’été dernier (**), à Serge Cheloudtchenko, marguillier des lieux, l’appel aux dons, indispensables à la restauration de cet édifice, justifie aujourd’hui cette « tribune numérique » et une scénographie éclairée par son halo divin.^^

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Dédiée à la Mère de Dieu (Pokrov) et Saint Alexandre de la Neva, l’église orthodoxe biarrote témoigne, depuis le XIXe siècle, de la foi et de la culture russe en France.

           Ste Mère de toute protection      St Alexandre de la Neva

Depuis 1931, le bâtiment, de style byzantin, est placé sous la juridiction du Patriarcat œcuménique de Constantinople. Exceptionnel dans la région, il a été classé « monument historique » en juin 2016.

Malgré son statut, et l’entretien de ses fidèles (Russes, Georgiens, Ukrainiens, Serbes, Moldaves, Biélorusses, Français), l’église est en péril. Ironie dramatique : le climat océanique aquitain bienfaisant (pur, riche en ozone et en brome…), qui avait attiré, au XIXe, une importante colonie aristocratique russe, est également marqué par des entrées maritimes (vents forts, humidité, salinité) qui dégradent fortement l’édifice, pourtant distant du « frons » de mer.

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Emmanuel DYAN [CC BY 2.0 (https://creativecommons.org/licenses/by/2.0)%5D

Comme me l’indiquera le fabricien, l’histoire de l’église demeure compliquée, depuis ses origines. En bref :

* Construction : en 1888 (après la chute de Napoléon III), le tsar Alexandre III, et le père Hérodion, obtiennent du gouvernement républicain français, anticlérical, un accord pour bâtir l’église, à condition qu’elle n’ait pas de cloche et soit édifiée comme une chapelle d’appartement, d’où la présence d’un logement privé, au rez-de-chaussée, destiné au prêtre.

A partir de 1890, l’église sera construite par les architectes Nikonoff (russe attaché au Saint Synode) et Tisnès (français de Biarritz).

Elle sera consacrée en 1892, en présence de l’ambassadeur de Russie en France et de plusieurs membres de la famille impériale russe, dont la tsarine Maria Feodorovna qui fréquentera régulièrement la station balnéaire jusqu’aux années trente.

Loin de la magnificence de la megalis ecclesias de Constantinople, le patrimoine matériel et immatériel séculaire de l’église biarrote touche néanmoins la mémoire et le cœur des hommes.

Ornée d’icônes provenant de Saint Pétersbourg, l’église comporte une magnifique «iconostase», en bois de chêne sculpté, qui évoque le voile de Salomon et symbolise la séparation et la transition entre les espaces corporel (nef) et spirituel (sanctuaire).

Au centre, les Portes Royales, symbolisent l’entrée du royaume de Dieu. Y sont représentés la Vierge Marie, l’archange Gabriel, ainsi que les quatre évangélistes, encadrés par la Mère de Dieu (avec son enfant) et le Christ Sauveur.

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Biarritz-Eglise orthodoxe-Iconostase©CuriousCat

* Révolution russe : de 1917 à 1923, environ, nombre de russes blancs émigrent à Biarritz et s’y installent. Leurs descendants demeurent encore marqués par cette période chaotique. Emu, Serge Cheloudtchenko, témoignait ainsi, en octobre 2017, de son drame familial, auprès d’Iban Etxezaharreta, de France Bleu Pays Basque : https://www.francebleu.fr/infos/societe/100-ans-apres-les-echos-de-la-revolution-russe-au-pays-basque-1509014044.

Attaché à l’église, il veille à préserver les traditions autant que le bâtiment. L’archevêque Gabriel de Comane, exarque œcuménique, lui a d’ailleurs remis, en 2010, une « gramata« , pour le récompenser de son engagement.

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Miroir aux alouettes

Miroir aux alouettes-Erdre-©CuriousCat-1-DSC01521-min-1
Miroir aux alouettes-Erdre-©CuriousCat

Sur ce sentier de l’Erdre, l’odyssée était solitaire.

Le spleen du temps qui passe impose sa loi d’airain.

Capté par le soleil et son écriture spéculaire,

Il s’accroche à mon être comme un très sombre orin.

 

Alors que son tourment engage sa préface,

Un héron majestueux passe à portée de main.

Attiré par le miroir d’eau, il plonge vers la surface,

Saisissant le moment, sans crainte du lendemain.

 

Point de poisson, cette fois, pour cet ardeidae,

Qui du carpe diem savoure au moins les vers,

Contre ce temps terrien et sa fugacité,

Je songe que les pleurs ne peuvent rien y faire.

 

En accrochant le bonheur, comme un bel encensoir,

Mon âme le choisira, peut-être, comme nouveau parfum.

Solitude, liberté, enfin réconciliées, s’enivreront d’espoir,

Accueillant, avec joie, l’aurore de chaque matin.

 

©CuriousCat

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Des couleurs « à la vie, à la mort »

Depuis le Xe siècle, la «Sainte-Catherine» est célébrée le 25 novembre. Le jour de sa mort, celle-ci vient toujours habillée de blanc, selon le dicton. Au-delà du débat récurrent autour du blanc et du noir, cette fête m’évoquait récemment les «Catrinas» colorées et l’idée que la mise en relief globale de l’approche multiculturelle de la mort pourrait permettre à ce blog de retrouver ses couleurs insolites après une longue pause. Une idée étrange, voire morbide ?… Plutôt une ode symbolique à la vie, à la mort, via l’idée que :

«la mort n’est pas la fin de la vie mais que la vie est l’histoire de la mort» (T.Gandouly)

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En Amérique Latine et, plus spécialement, au Mexique, «La Catrina» est une icône du «jour des morts» (« El dia de Muertos») inscrit au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco depuis une quinzaine d’année. Début novembre, les «angelitos» (enfants morts), et les adultes décédés, y sont respectivement honorés les 1er et 2 du mois.

Ambiance, en images (0,53 minutes) :

Pour approfondir, 3 vidéos : (1) – (2) – (3, en français^^) et un décryptage personnel réussi, de l’amie blogueuse https://www.grainedevoyageuse.fr/mexique-dia-de-los-muertos/.

Calvera Catrina-2013-12-12-00.00.38-minInfluencée par des rites préhispaniques (mayas, aztèques), autant que par des coutumes catholiques (art macabre médiéval), la «Calavera Catrina» («calavera», crâne humain, tête de mort ; «catrín», personne élégante, habillée avec goût), incarne le concept festif indigène de la mort et sa dérision humaine, en musique et en couleurs, visant à l’apprivoiser.

CaptureA l’origine, «La Calavera Garbancera», squelette féminin, en buste, à l’allure chic, coiffé d’un grand chapeau à plumes, et vêtu de riches habits, créé par l’illustrateur José Guadalupe Posada, vers 1912, était une caricature des «nouveaux riches» mexicains qui se croyaient préservés de leur funeste destin du fait de leur position sociale.

Après la révolution, elle devint l’emblème de la culture populaire unifiée du pays. Personnage central de son œuvre murale «Sueño de una Tarde Dominical en la Alameda Central», le peintre Diego Rivera la rebaptisa alors sous son nom actuel «Catrina».

Même si les fêtes mexicaines, et celles d’Halloween (*), se déroulent sur la même période, le concept culturel mexicain de la mort est devenu très populaire, en particulier au niveau de la mode et de la décoration, comme le soulignait déjà, en 2014, Sandra Lorenzo, dans le HuffPost :

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D’autres exemples singuliers de commémoration des morts dans le monde…

Depuis plus d’un siècle, fin octobre/début novembre, au son des mariachis, le Guatemala honore aussi l’âme de ses morts de manière spectaculaire, lors du festival des cerfs-volants. Par milliers, ces aérodynes, en bois ou en bambous, recouverts de papier de soie multicolore, sont lancés dans les airs au-dessus des cimetières, afin de communiquer avec les défunts. De taille variable, certains sont gigantesques, dépassant 15 mètres de diamètre.

Giant Kite Festival - Sumpango, Guatemala-Source You Tube

Découvrez ces symboles d’une culture Maya surprenante en cliquant ici :  https://www.france.tv/france-3/faut-pas-rever/798473-guatemala-les-cerfs-volants-de-santiago.html (15 minutes).

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Avec ou sans couleurs, des enseignes éternellement lumineuses…

Pour celles et ceux qui, comme moi, l’auraient éventuellement perdu, l’été permet occasionnellement de retrouver son latin et, notamment, l’ « otium » ou le « vitiosus », certes moins connus que les « bravos » des « forums » publics^^. En effet, durant cette période, l’oisiveté ubiquitaire nous loge curieusement « à la même enseigne » (Sénèque), préservant notre temps libre, tout en nous occupant à des milliers de « riens ».

Au-delà de ce concept stoïcien du bonheur, en souvenir de mes voyages, à Nantes et ailleurs, en France, j’ai donc voulu mettre à profit ces vacances pour en savoir plus sur ces fameuses « enseignes« , sous leur symbolique matérielle du moins…

Evocateurs de faits économiques, religieux, privés ou collectifs, ces médias publicitaires n’ont pas eu besoin d’être polychromes pour constituer des supports de communication universels, contrairement aux raisons pour lesquelles les enseignes désignaient autrefois les couleurs des cartes, porteuses intrinsèques d’un message spécifique (cf mon précédent article).

Enseigne insolite-Cormeilles (27) ©CuriousCat-DSC06682-min
Enseigne insolite-Cormeilles (27) ©CuriousCat

Destiné, à l’origine, aux passants illettrés, cet art expressif ancien a évolué au fil du temps : fresques, sculptures sur pans de bois, plaques de tôle ornées d’un dessin, enseignes en fer forgé,  en céramique, sur fond de verre lumineux, bas-relief sculpté dans la muraille, voire… enseigne vivante (à Paris, par exemple, « la « Truie qui file, le Coq-Héron, le Singe-Vert, étaient des animaux en cage dont l’adresse émerveillait les passants »). (1)

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Enseigne-Quartier Bouffay-Nantes ©CuriousCat
Enseigne de luthier-Rue des Cap Horniers-Nantes-©CuriousCat-DSC08531-min
Enseigne de luthier-Rue des Cap Horniers-Nantes-©CuriousCat
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Enseigne insolite-Vannes (56)©CuriousCat
Enseigne-Rue Kervegan-Nantes ©CuriousCat -DSC01333-min
Enseigne-Rue Kervegan-Nantes ©CuriousCat

Faire-savoir les savoir-faire est une « sociale attitude » participant d’une culture patrimoniale ancienne puisque les Romains, par exemple, utilisaient déjà les enseignes, au-dessus de leur entrée, pour indiquer la nature de leur statut et/ou activité professionnelle (artisan, auberge, profession libérale, confrérie, marchand de vin…). (2)

Le développement de ces artefacts fut particulièrement important au Moyen-Age, pour plusieurs raisons. Les « cris » et l’image, vantant les produits et/ou services, offraient effectivement un code visuel publicitaire, compréhensible par tous. Par ailleurs, la référence à une enseigne connue servait également de repère, en l’absence de nom de rues ou de maisons (à Paris, la « place Saint-Michel » dut ainsi son nom à une maison qui portait, pour enseigne, la figure de l’archange terrassant le démon »). (1)

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Le « QR code couleurs » des cartes à jouer… un roman historique ?

Montage créé avec bloggifFin janvier 2016, j’inaugurais ce blog, « espace de jeux de mots » et alambique personnel d’une matière grise dont les idées, tantôt raisonnables, tantôt fantaisistes, portent haut les couleurs de leur CuriousCat…

https://i0.wp.com/www.icone-gif.com/gif/personnages/joker/joker001_ancien.gifPuisque l’entame de chaque nouvelle année peut changer la donne de notre destin, je choisis aujourd’hui de « jouer cartes sur table » en avouant, ici, en guise de bons vœux*, souhaiter continuer « à vous en faire voir, encore de toutes les couleurs ». S’il vous semble, toutefois, que « le jeu n’en vaut pas la chandelle », il sera toujours temps, pour moi, de sortir mon « joker » et voir comment vous plaire d’ici janvier prochain.**

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Sans  en décrypter ici la fonction sociale, sous le prisme anthropologique de Johan Huizinga (Homo Ludens-1951), le pouvoir évocateur du jeu de cartes semble, « à cœur ou à raison », pour la mémoire humaine, d’une intensité émotionnelle comparable à celle des madeleines de Proust.

Bien que l’usage commun de ces « fiches » cartonnées, aux motifs variés, au « triomphe » modeste, nous ait tous démocratiquement logé(e)s,  jusqu’alors, « à la même enseigne« ^^, qu’en connaissons-nous en fait réellement ?

Avec sa chanson « Caroline », MC Solar avait bien essayé de nous mettre sur la voie en 1991. Trèfle, pique, cœur, carreau y faisaient symboliquement bonne figure… comme un langage codé dont je tenterai, ici, de retrouver les signes.

Entre « Da Vinci code », « Mary atout pris »^^ et « Alice au pays des merveilles », voyons ce que les cartes nous racontent et partons à la recherche de cette quête identitaire dont ces « indices » colorés portent symboliquement l’imaginaire…

Source : https://www.youtube.com/watch?v=BJ_aXs4Tar8

Quel rapport avec le « QR code » me direz-vous ? Sans rejouer toute l’histoire, la dimension « 2D » ne peut vous échapper : une dimension historique, d’une part, et symbolique, d’autre part, qui se traduit par :

 Le choix des couleurs :

Même s’il n’est pas à proprement parler « caché », le sens du code couleur des cartes est néanmoins symbolique, le rouge et le noir représentant respectivement le solstice d’été et l’équinoxe.

Au-delà des saisons, cette symbolique numérologique pourrait presque, par ailleurs, sembler ésotérique dans ses liens mystérieux avec la religion et l’astronomie. Saviez-vous par exemple que :

– les 13 cartes de chaque couleur correspondent aux 13 semaines de chaque saison de l’année,

–  ajoutée au joker, la somme des chiffres de chaque « couleur » (en comptant valet=11, dame=12 et roi=13), multipliée par le nombre d’enseignes est égale à 365 (et oui, nombre de jours de l’année^^).*

(*) Dans les jeux de 52 cartes, les 2 jokers sont prévus pour les années bissextiles.

Le choix des enseignes (appelées « couleurs« , à tort…) :

Par convention, les figures sont celles du recto. Je n’évoquerai donc pas le dos des cartes dont le design a varié, au fil du temps et des imprimeurs (blanc au XIXe par exemple, de nombreuses cartes servant alors de support : mots doux, certificats de mariage, cartes de visite, reconnaissances de dettes, réclames, ordres d’incarcération, voire monnaie durant la révolution française…).

Sans perdre leur aura, quasi mythologique,  les enseignes ont malgré tout bien évolué depuis leur origine.

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Le cercle des « poètes chromatiques » disparus…

Street-art-St Nazaire (44)-©CuriousCat-DSC08276-min

L’appréciation des couleurs diffère selon chaque être humain en fonction de sa sensibilité à l’éclairage, l’environnement ou les textures par exemple… Au travers de la photographie, nos émotions arrivent pourtant souvent à se rejoindre, comme reconnectées et unies dans une « recosmisation » universelle harmonieuse.

Esprits libres et oniriques, entrez dans le cercle et suivez-moi dans cette nouvelle « écriture de lumière » !

Arts en scène-Jardin des Plantes-Nantes ©CuriousCat -DSC09617-min
#Nuits féériques-Jardin des Plantes-Nantes ©CuriousCat

Tout commence dans la « jungle urbaine »…

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#Street-art-St Nazaire (44)-©CuriousCat
Street-art-St Nazaire (44)-©CuriousCat-DSC08281-min
#Street-art-St Nazaire (44)-©CuriousCat
Expo A-MO Galerie l'Artichaut-Nantes-©CuriousCat-DSC08060-min
#Street art-Expo A-MO Galerie l’Artichaut-Nantes ©CuriousCat

où le drôle de « colibrius » que je suis puise son nectar pigmenté…

Expo G.PAINEAU-Radison Blu Hotel ©CuriousCat -DSC09601-min
#Peinture-Expo G.PAINEAU-Radison Blu Hotel Nantes ©CuriousCat
Expo G.PAINEAU-Radison Blu Hotel ©CuriousCat DSC09606-min
#Peinture-Expo G.PAINEAU-Radison Blu Hotel Nantes ©CuriousCat
Expo G.PAINEAU-Radison Blu Hotel ©CuriousCat DSC09604-min
#Peinture Expo G.PAINEAU-Radison Blu Hotel Nantes ©CuriousCat

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L’aventure intérieure du Voyage à Nantes : « entrez dans la transe » avec Pick up Production !

L’art porte intrinsèquement en lui la capacité de restituer une visibilité différente du vivant. Comme le chamanisme, cette relation poétisée, avec l’invisible, permet même souvent d’entrevoir un monde potentiellement meilleur. A l’instar de certaines méthodes thérapeutiques, le street art suggère, en particulier, un autre rapport au monde ou à soi-même. Pour autant, ce pouvoir de faire parler les murs, de « repanser » le monde en stigmatisant les lieux, par une empreinte humaine, lui confère-t-il les vertus d’un réel « art médecine » ? Cet acte créatif urbain est-il d’ailleurs délibéré ou parfois inconscient ?…

Pour tenter de répondre, continuons l’aventure onirique du Voyage à Nantes, amorcée avec Pedro, et revivons, en images, l’expérience immersive de l’association de culture hip hop Pick Up Production, dans un univers carcéral où des drames de la « comédie humaine » ont servi de support narratif à une dizaine d’artistes, tel le miroir à deux faces de « l’ordre des choses »…

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#Street-art-VAN-« Entrez libre » PICK UP PRODUCTION-Ancienne prison-Nantes ©CuriousCat

Symbole paradoxal de l’imperfection de cet ordre, la ville avait installé son ancienne prison à côté de l’ex Palais de justice devenu aujourd’hui le Radison Blu Hotel.

Avant sa démolition fin 2017, puis sa reconversion en 2019 (160 logements, une crèche, un parking souterrain de 400 places et un théâtre à la place du pavillon du greffe), la société Cogedim (propriétaire actuelle) a permis à Pick Up Production d’investir une partie des 12 600 m2 de l’ex Maison d’arrêt pour réaliser un projet artistique et éphémère…  en toute liberté ! 😉

Du 01/07 au 27/08, 94 411 visiteurs en auront franchi les grilles volontairement.

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#Street-art-VAN-« Entrez libre » PICK UP PRODUCTION-Ancienne prison-Nantes

Enfermés 17 jours dans ce cadre historique, abandonné par ses occupants en 2012, ce collectif de peintres, plasticiens, graffeurs et sérigraphes… a donc tenté de comprendre, puis traduire, l’enfermement, la surpopulation, la peur, la folie, les rêves, l’espoir, l’évasion… pour aiguiser les sens et toucher les esprits, via une transe picturale (http://france3-regions.francetvinfo.fr/pays-de-la-loire/loire-atlantique/nantes/culture-voyage-nantes-met-artistes-prison-1290979.html).

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#Street-art-VAN-« Entrez libre » PICK UP PRODUCTION-Ancienne prison-Nantes

Les « maux » amenant les « mots », soyez vous aussi les bienvenus dans l' »enfer sur terre« , pour reprendre le graff de Persu inscrit au fronton du mur d’enceinte de l’ancienne maison d’arrêt de Nantes et… « Entrez libres »  !

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#Street-art-PERSU-VAN-« Entrez libre » PICK UP PRODUCTION-Ancienne prison-Nantes ©CuriousCat
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#Street-art-KAZY USCLEF-VAN-« Entrez libre » PICK UP PRODUCTION-Ancienne prison-Nantes ©CuriousCat

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« Ut pictura poesis » ou le récit zoulou du Voyage A Nantes de Pedro

Depuis ses origines, l’homme a manifesté la force narratrice de son esprit de différentes manières, au travers de dessins en particulier. A l’instar des enfants, ces supports mnémotechniques de la vie incorporelle, perdurent chez de multiples graffeurs et, de manière globale et instinctive, dans l’art brut, œuvrant pour la transmission symbolique et collective d’une temporalité poétique singulière…

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#VAN2017-Expo Zoulou Ut Pictura Poesis–Jardin des Plantes-Pedro-Nantes ©CuriousCat

Cette quête d’un langage véhiculaire, déjà évoquée pour le peintre Alain Thomas, semble animer aussi l’illustrateur/graffeur Pedro Ricardo qui, tel un chaman dépositaire d’une forme de « secret culturel », a choisi le Jardin des Plantes de Nantes pour « donner des ailes à son âme » en combinant formes, matières et couleurs comme des mots.

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A l’invitation des services SEVE et Culture de la ville, ce jeune artiste urbain, du collectif 100 pression, a investi cet espace botanique dans le cadre de l’édition 2017 du Voyage à Nantes (VAN).

Voie verte reliant la gare au centre-ville, ce théâtre de verdure offre ainsi, à quelques mètres du Musée des Arts de Nantes (réouvert en juin dernier, après plusieurs années de travaux), un cadre idéal, aussi naturel qu’original, à l’idée suivante d’une correspondance des arts, partagée par Plutarque, qu’Horace synthétisa lui-même via l’expression « ut pictura poesis » :

«La poésie est une peinture parlante, la peinture une poésie muette» (Simonide de Cléos)

Comme un fil d’Ariane entre mondes réel et imaginaire, Pedro y partage, du 01/07 au 27/08, sa vision de l’écologie humaine où nature et culture peuvent évoluer harmonieusement.

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Street-art-VAN-Jardin des Plantes-Pedro-Nantes ©CuriousCat-DSC08620

Dans ce jardin des sens, aucun n’est interdit. Bien au contraire, dans cette agora de plein air, les œuvres de l’artiste semblent même une sorte d’invitation tribale bienveillante au débat si l’on s’en réfère aux totems disposés tout au long du parcours, depuis l’entrée principale jusqu’à la sortie, située face à la gare, où le public (voyageurs occasionnels de la SNCF, en attente de leur correspondance, ou simples promeneurs) découvre les planches pictographiques aux couleurs patriotiques ci-dessus.

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Emotion colorée du vivant… l’enfance de l’art !

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Expo Promenons-nous dans les bois-Maison Erdre-Nantes ©CuriousCat

« L’art enfantin est également un proche cousin de l’Art Brut puisque leurs auteurs dessinent, peignent, modèlent librement, entretenant une relation naturelle avec l’expression artistique. Aucun d’entre eux ne se considère comme un artiste et chacun privilégie généralement la fabrication plus que le résultat. Les enfants, comme les auteurs d’Art Brut, ne cherchent pas les modèles culturels, leurs œuvres -inventives- proposent des solutions novatrices. »

Lucienne Peiry – « L’Art Brut et l’art naïf, l’art enfantin, l’art primitif ».

Dans le cadre du projet éducatif « bien grandir à Nantes« , la Maison de l’Erdre accueille, jusqu’au 4 juillet prochain, l’exposition « Promenons-nous dans les bois » co-organisée par la Ville de Nantes, les associations partenaires et 14 classes nantaises.

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Expo promenons-nous dans les bois – L’arbre de la forêt joyeuse-MS-GS-J.Gracq- Maison Erdre-Nantes ©CuriousCat

L’édition 2016, partagée avec tous, avait été un grand bonheur. En 2017, ma récente promenade me donne l’occasion de retrouver cette « liberté de l’enfance« , digne des collections du Muz créé par Ponti

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Viens, je t’emmène, sous un arc-en-ciel de couleurs !

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Expo Promenons-nous dans les bois-L’arbre arc-en-ciel – Maison Erdre-Nantes ©CuriousCat

Cet « eucalyptus deglupta » en est lui-même l’illustration étonnante. Il  perd constamment son écorce lisse. Comme l’expliquent les enfants :

« elle se détache en longs lambeaux et change progressivement de couleur : vert pâle puis foncé, bleu, violet, orange/jaune, marron ».

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Cercles de couleurs… féeriques

Fairy rings-f27fd13fde4e3ee1c3ee0c0436a9029bDepuis toujours, science et magie entretiennent des liens assez ambivalents. En chimie notamment, les démonstrations qualifiées de « magiques » ne manquent pas. De son côté, la magie est assez largement issue de techniques scientifiques. Pour illustrer ce qui n’est pas nécessairement paradoxal, je reviendrai ici sur le curieux phénomène des « ronds de sorcière« (1) et « cercles de fées« (2), découvert lors de mon article sur les marais salants qui, in fine, « vous en fera voir de toutes les couleurs » dans différents environnements

 

De quoi s’agit-il ? Comment expliquer ces phénomènes étranges ?

Ces anneaux féeriques sont-ils l’empreinte énigmatique, éphémère et colorée, de quelque créature fantastique ?

N’en déplaise aux amateurs d’ésotérisme, il semble que, quelle qu’en soit la couleur et l’environnement, ces phénomènes sont en réalité parfaitement naturels, même si de nombreuses traditions leur ont régulièrement attribué des pouvoirs tantôt bénéfiques, tantôt maléfiques !…

Dans les marais salants

En milieu de saison, lorsque l’eau contient environ cent grammes de sel par litre, des ronds concentriques, de 40 à 50 cm de diamètre, apparaissent souvent à la surface du fond argileux des fares, bassins de marais-salants qui accélèrent la transformation de l’eau de mer en saumure avant la cristallisation du sel dans l’œillet.

Prosaïquement, ces anneaux sont a priori formés de cyanobactéries oscillaires, remontant des profondeurs de la vase vers la lumière, particulièrement résistantes aux conditions extrêmes, qui se seraient développées, il y a 550 millions d’années (première forme de vie terrestre).

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En août 2015, des paléontologues sibériens, venus chercher à Guérande, en Loire-Atlantique, les traces hypothétiques d’un stade évolutif de la croûte terrestre (l’Ediacarien), ont relevé que quelques anneaux, semblables à de très anciens fossiles, s’apparentent aux tapis microbiens forestiers, donnant à penser que certains champignons influeraient sur le développement des cyanobactéries et des diatomées.

Retour en arrière en attendant de découvrir l’intégralité des résultats de leurs recherches, en 2019 : http://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/544/reader/reader.html#!preferred/1/package/544/pub/545/page/8

Pourquoi les couleurs sont-elles variables ?

Pas de certitude absolue mais l’hypothèse que, en se reconstituant à des vitesses différentes, le tapis provoquerait ces changements de couleur, assortie de questions corollaires : la croissance des champignons dégrade-t-elle la couche superficielle du tapis microbien, les cyanobactéries et les diatomées se séparent-elles pour des raisons inexpliquées ?….

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